Réfléchir et évoluer
Apr 14, 2026 12:00 PM

Parcours professionnels : T comme Temps, I comme Identité, C comme Complexité

Le travail comme colonne vertébrale de l’existence : à travers le temps, l’identité et la complexité, cet article analyse comment une carrière structure notre vie, nourrit notre réflexion et participe à la construction d’une cohérence personnelle.

Si je pense centre quand je pense métier, c’est sans doute parce qu’il a représenté sur 35 ans une continuité (même dans ses discontinuités lorsque j’ai changé de métier) et une stabilité (même lorsque je m’y suis retrouvée déstabilisée). Peut-être à la manière d’une colonne vertébrale, qui a fait tenir tout l’ensemble, particulièrement dans les périodes chahutées. Si je veux définir les particularités de cette colonne vertébrale, j’en garde trois : le rapport au temps, l’identité et la complexité.
Depuis que j’ai commencé de travailler, je n’ai plus eu à me soucier de ce que j’allais faire de mon temps. J’ai juste eu à me préoccuper de ce que je n’allais pas en faire, puisque mon travail actuel et ceux qui ont précédé ont toujours été à débordement, ou je les ai rendus ainsi. Cela a évidemment un côté frustrant quand je vois la pile de livres sur ma table de chevet, entends le réveil qui sonne le dimanche, pense aux voyages que je n’ai pas faits. Mais ça m’a presque toujours évité de devoir gérer l’angoisse à l’idée de m’ennuyer. A choisir, je vois bien que je préfère, de très loin, la frustration à l’ennui. Et le travail me préserve de l’ennui.

Une fiction cohérente

Ensuite, je garde une particularité par rapport à ce que j’appellerais bien l’identité, constituée des états mentaux successifs, des sensations, des sentiments, des croyances, une fiction naissant de la tendance naturelle à relier des perceptions disparates. Pour Julia de Funès, « croire en cette fiction permet de donner de la cohérence à soi-même et à ce qui nous entoure. […] Cela permet de s’envisager soi-même, de se projeter dans l’avenir, et de construire un monde moral en permettant l’imputation et la responsabilité. » Le monde moral, c’est pour moi le monde qui se régit et se rejoue par rapport aux autres, dans mon bureau quand je reçois un enseignant fragilisé que je sens capable de rudesse, dans une école troublée où le directeur s’est (peut-être) perdu en route, devant des parents en colère qui ne reconnaissent pas être allés trop loin. J’aime bien l’idée du système de causes et conséquences que cela construit, humblement et en évitant les illusions de puissance. J’aime bien l’idée que mon identité ne soit qu’une fiction, mais que ce soit une fiction fertile puisqu’elle me rend responsable, me guide à répondre de. Ce qui donne le sentiment de pouvoir un peu quelque chose, en partenariat avec d’autres personnes, fonctions.

Entre théorie et pratique

Enfin, en raison de la variété et de la complexité du bain en question, je dirais que j’ai toujours eu de quoi nourrir l’esprit d’énigme, de recherche, pour améliorer la connaissance que j’avais de mes fonctions et les réinventer un peu parfois. Je ne sais pas si cet esprit s’autoalimente quel que soit le bain, et qu’on le porte en soi pour le pire et le meilleur. Je sais juste que pour le moment le mien n’a jamais eu faim. Entre théorie et pratique, j’ai trouvé à la fois à creuser un point en particulier, à descendre donc ; à la fois à faire apparaître de la cohérence, à relier les choses entre elles ; à la fois à modéliser pour gagner en efficacité d’analyse et d’organisation, à travailler alors la méthodologie. Le vertical et l’horizontal du contenu donc, et le contenant.

Published:
June 17, 2026