Collaborer et communiquer
Apr 14, 2026 2:11 PM
Parcours professionnels : D comme Devenir
Changer de voie n’est jamais anodin : entre désir d’évolution, peur de l’inertie et prise de risque, cet article explore les mécanismes intérieurs qui mènent à la décision de transformation professionnelle.
Le « mouvement qui porte vers l’avant » (Michelle Obama) semble bien intranquille. Il demande d’être à l’écoute de ce qui anime puis n’anime plus, de ce qui nourrit puis se met à détruire, de ce qui nous rend vibrant puis peu à peu s’éteint. Sans crier gare.
Tendre l’oreille. Quand est-ce qu’arrive le moment où les choses se figent, ne vont plus de soi ? Dans son livre Rupture(s), Claire Marin avance : « Une existence qui serait réduite à un seul rôle, une seule partition finirait par devenir pure répétition, imitation chaque jour un peu plus caricaturale de ce que nous avons déjà vécu. Ce devenir automate est une vie morte. Il faut résister à la tentation de l’inertie, à la séduction de la matière, résister à la facilité d’une identité figée, ne pas se laisser s’enfoncer dans un mode d’être où plus rien n’est ni vif ni neuf. » Pour éviter l’écueil de l’inertie qui tourne à la fixité, s’il existe bien des choses pour s’entretenir, entretenir le désir d’être là où l’on a choisi d’être, continuer à améliorer ce que l’on fait et comment on le fait, parfois il n’est plus possible d’avancer sans un changement majeur.
Au risque de changer
Aucun changement n’est neutre. Comme le dit encore Claire Marin, « Il y a, dans toute rupture, l’espoir de se trouver et le risque de se perdre. » Parfois le changement prend la forme d’une rupture professionnelle, de celles qui amènent à miser tout ce que l’on est, tout ce que l’on sait et sait faire, sur une fonction nouvelle à de multiples égards. A faire tapis. J’ai connu deux fois les risques que cela conduit à prendre et l’investissement que cela demande, le sentiment de ne plus rien savoir faire bien alors que j’étais devenue à l’aise au fil des années, de me sentir toujours en queue de peloton, à la traîne et à la peine. Avant que petit à petit des repères dans les récurrences n’apparaissent, que je me retrouve à avancer à la bonne vitesse, voire un peu plus vite, en raison des habitudes de condenser le temps, d’en faire plus que les autres pour compenser. Avant aussi que sans bruit et sans que je ne l’invente vraiment, un style d’être et de faire n’apparaisse, aux autres bien plus qu’à moi d’ailleurs, et c’est tant mieux, ça évite de prendre la pose.
Décider
Le parcours qui conduit à décider de changer de voie, pour ne pas dire à changer de vie tellement on peut se retrouver à regarder une face autre du monde, est selon moi long et exigeant, mais il fait partie du chemin et mérite d’être observé. Voici ce que j’en avais écrit, avant de choisir de passer le concours d’inspecteur et inspectrice de l’Éducation nationale : « Pendant dix-huit mois, j’ai commencé à chercher la voie d’après. J’ai commencé à brasser longuement les possibilités, les plus proches et les plus étrangères, à les soupeser, les comparer, les observer à l’aune de ce que je savais faire et j’étais. Et puis j’ai interrogé des dizaines de personnes pour avoir leur avis, pour connaître leur parcours et humer leur quotidien. La quête tendue vers un but, je l’ai transformée en une promenade fraîche et enrichissante. Je me suis risquée à des entretiens professionnels où j’ai mieux vu ce que j’étais devenue. Et j’ai gardé jusqu’au bout trois ou quatre possibilités. Réussir au concours d'inspection a au final choisi pour moi. »
Qu’est-ce qui fait que l’on va finalement décider, de decidere, trancher, dans un sens ou dans un autre ? J’ai souvent eu l’impression que la décision ressemblait à une corde faite de multiples brins, rompus les uns après les autres, silencieusement ou non. Jusqu’au moment où je constatais que le dernier brin n’était plus là. Que j’avais décidé. Que c’était décidé. Qu’un nouveau pas était désormais possible.
Published:
June 17, 2026






